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Industrie du jeu vidéo : que nous réserve 2023 ?

Très animé côté marché, l’année 2022 n’aura pas forcément répondu à toutes les attentes des joueuses et des joueurs d’un point de vue purement ludique. En dehors de l’ouragan AAA Elden Ring et du passionnant Immortality, difficile de trouver une nouvelle licence qui sera vraiment parvenue à secouer la période, constellée de reports et de rachats en tout genre. Que reste-t-il pour nourrir l’optimisme des fans de jeux vidéo, qui commencent timidement à pouvoir acquérir des consoles de dernière génération en boutiques, ou des cartes graphiques à leur juste prix ? 
Romain Charbonnier
Par Romain Charbonnier
Journaliste indépendant
Contenu mis à jour le
2023 L'industrie du jeu vidéo - Que nous réserve 2023 ?

L’avènement du free-to-play, des jeux services et du dématérialisé a profondément modifié le marché du jeu vidéo ces dernières années, mais un certain équilibre semble désormais se dessiner dans les habitudes de consommation des joueuses et joueurs du monde entier. L’industrie doit garnir davantage son offre si elle souhaite continuer de faire tomber des records, mais la concentration extrême de ses acteurs interroge, notamment sur leur capacité à allier profit et satisfaction client sur une cible toujours plus large et fractionnée. Entre tendances, nouvelles pratiques, billets verts et promesses ludiques, voici ce qui nous attend l’année prochaine.

Cloud gaming : la maturité ou la mort ?

S’il n’a pas forcément surpris les spécialistes, le coup d’arrêt mis par Google à son service de cloud gaming pourrait avoir de grandes répercussions sur le marché. Lancé en grande pompe en 2019 et plutôt réussi techniquement, Stadia n’aura finalement pas survécu à son mon modèle économique inadapté. Google débranchera les serveurs début 2023, et avec eux les espoirs des évangélistes du tout dématérialisé qui perdent ici un acteur de poids. La concurrence – Xbox Cloud de Microsoft, PlayStation Plus Premium de Sony, Luna d’Amazon, GeForce Now, Shadow – gagne peut-être un peu de marge de manœuvre avec le retrait de Google, mais le signal envoyé par la firme californienne pourrait également les inciter à la prudence.

Google Stadia

Le siège vide pourrait rapidement trouver preneur. Fort de ses 223,1 millions d’abonnés, Netflix a dévoilé une partie de ses projets concernant le jeu vidéo : des dizaines de jeux en production dans des studios créés ou acquis, mais surtout la volonté de maintenir son modèle habituel et de ne pas concurrencer les constructeurs de machines en se concentrant sur le mobile dans un premier temps. Sans élément de comparaison – pas de chiffre officiel disponible pour jauger du succès des services Apple Arcade et Google Play Pass – difficile de connaître l’ambition du géant du streaming vidéo, qui rentre dans le jeu vidéo avec prudence mais détermination ; Netflix a notamment recruté plusieurs exécutifs chevronnés aux postes clés de sa division gaming. Actif côté mobile avec 35 jeux disponibles « gratuitement » pour ses abonnés en 2022, Netflix doit encore trouver la manière d’inclure le gaming à son offre audiovisuelle de manière fluide et attirante. 2023 est donc une année charnière pour le Cloud Gaming, un champ que la société américaine entend investir dans un futur plus ou moins proche.

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Web3 : un petit tour et puis s’en va

C’était l’un des sujets brûlants de l’année : qui allait communiquer son intérêt pour les NFT et assumer l’ire d’une frange sonore de sa clientèle, voire de ses employés ? Plug in Digital en France ou encore Team17 au Royaume-Uni ont fait machine arrière en moins de 48 heures. Ubisoft a pataugé dans sa communication après avoir lancé une plateforme dédiée, avec un succès très relatif (comprenez : échec cuisant) pour son galop d’essai Ghost Recon Breakpoint. Après la déclaration enflammée de son patron, Square Enix a fait profil bas toute l’année mais pourrait bien passer à l’action en 2023, suite à son partenariat d’envergure avec un gros acteur de la blockchain. Dans le même sens, le patron de Take Two Strauss Zelnick a déclaré que le rachat de Zynga – pour 12,7 milliards de dollars – était notamment motivé par l’intérêt du spécialiste du jeu mobile pour les NFT. Or comme Square Enix, Zynga n’a sorti aucun jeu Play To Earn (P2E) en 2022.

Du destin d’Axie Infinity pourrait dépendre celui des NFT dans le jeu vidéo

L’énorme chute des cryptomonnaies sur lesquelles s’adossent les NFT (on parle de 70% de baisse sur un an) a de quoi refroidir les plus téméraires des capital-risqueurs, et donc freiner les ambitions des acteurs traditionnels du jeu vidéo. Reste que des studios, notamment en France, continuent de lever des millions pour s’engager sur cette voie. Le mètre étalon du domaine, Axie Infinity, a été victime d’un hack gigantesque qui a laissé des traces, et beaucoup craignent une revente massive – et donc une dilution de la valeur de l’AXS – lors de l’introduction de nouvelles valeurs à acquérir pour les joueurs et joueuses. Plus convaincu par les gains potentiels que par la réelle valeur ludique des jeux P2E pour le moment, le public de ces titres semble très spécifique. Un second marché, parallèle au jeu vidéo traditionnel, tente d’émerger et l’année prochaine s’annonce cruciale pour cette nouvelle économie.

Ce qui ressemble davantage pour le moment à une grosse pyramide de Ponzi, où seuls les premiers arrivés y trouveraient finalement leur compte, pourrait prendre une autre dimension sous l’impulsion des métavers. Si <strike>Facebook</strike> Meta fait pour le moment fonctionner l’usine à meme avec le lancement chaotique de son métavers Horizon Worlds, une éventuelle percée des mondes numériques connectés contribuerait grandement au succès des NFT. C’est tout l’enjeu commercial de ces univers en ligne : les gens vont-ils dépenser de l’argent pour personnaliser leur(s) avatar(s) ? Les premiers éléments de réponse apparaîtront très certainement au fil de l’année qui vient, même si le récent dégraissage massif de Mark Zuckerberg n’incite pas spécialement à l’optimisme.

Metaverse

Métavers avant l’heure, PlayStation Home n’a jamais vraiment décollé faute… d’intérêt ?

Autre secteur qui devrait logiquement profiter d’une éventuelle traction des métavers : la réalité virtuelle. Sans être la révolution annoncée il y a quelques années, la VR suit son bonhomme de chemin côté jeux vidéo : Sony remettra le couvert début 2023 avec un PSVR 2 pour lequel il nourrit de grosses ambitions à court terme. De là à imaginer un métavers PlayStation similaire au PlayStation Home en 2008 ? Les industriels semblent avoir beaucoup à gagner dans cette histoire, mais l’intérêt est toujours très obscur pour les consommateurs. Le destin des NFT et autres métavers semble lié.

Les géants jouent à Pacman avec leurs milliards

À l’œuvre depuis plus de dix ans, la concentration des gros acteurs de l’industrie du jeu vidéo a changé de braquet en 2022. Les mégacorporations multinationales commencent à se racheter entre elles, au point d’obliger les autorités de chaque pays à statuer sur la faisabilité de ces fusacs d’une ampleur sans précédent pour le milieu. Les 69 milliards de dollars posés sur la table par Microsoft pour faire main basse sur Activision Blizzard ne règlent pas les nombreux problèmes éthiques et légaux qui se posent au niveau international, et il faudra sans doute attendre 2024 pour réellement jauger des répercussions concrètes d’une telle opération sur le marché. Reste que le feuilleton risque de s’étaler très largement sur tout l’exercice 2023.

Microsoft dispose désormais d’une force de frappe hallucinante dans le jeu vidéo

D’autres géants sont loin de se contenter des miettes : Embracer Group possède désormais plus de 200 studios de jeux vidéo, et Tencent grignote peu à peu les acteurs occidentaux pour s’émanciper d’une réglementation toujours plus sévère en Chine. Le premier éditeur mondial est pour le moment attentiste, mais sera peut-être tenté de donner un peu de la voix pour infléchir les décisions des sociétés dans lesquelles elle investit massivement, comme Epic Games ou Ubisoft. Des rumeurs prêtaient à Amazon un intérêt certain pour Electronic Arts : une acquisition de ce type donnerait au mastodonte de la distribution les moyens d’assumer enfin ses ambitions côté jeux vidéo. Le fossé entre les gros et les petits acteurs n’a jamais été aussi grand, ce qui pousse tout le monde à s’armer au maximum pour suivre le rythme imposé par les premiers de cordée. 

Le rachat de Dotemu par Focus Home Interactive ou la création de Kepler Interactive (largement financé par Netease, numéro 2 chinois) semblent aller dans ce sens, même si on reste très loin des budgets pharaoniques des opérations effectuées par les plus gros acteurs.

Cette course à l’armement devrait s’accentuer l’année prochaine, ce qui n’a pas vraiment de quoi rassurer les joueuses et joueurs : les financiers ne sont pas réputés pour leur ouverture d’esprit quand ils dictent les lignes éditoriales, et cette concentration extrême des acteurs pourrait se traduire par une recrudescence de modèles économiques agressifs. Il appartient désormais au public, et à ce qui reste de la presse, de faire preuve de vigilance quant aux pratiques qui risquent de se banaliser dans les prochains mois. Consommer est plus que jamais un acte politique dans le jeu vidéo.

Des jeux, encore des jeux

Plus positif : l’année 2023 va concrétiser les espoirs ludiques de nombreux fans avec un calendrier de sorties déjà bien chargé, notamment suite aux nombreux reports de grosses productions initialement attendues en 2022. Zelda, Assassin’s Creed, Diablo, Street Fighter ou encore Final Fantasy signeront leur grand retour, tandis que Starfield et Star Wars Jedi Survivor viendront assouvir les envies de voyages intergalactiques. Il devrait être possible de trouver des PlayStation 5 et Xbox Series X en boutiques, une première après plus de deux ans d’exploitation, et ainsi profiter de Hogwarts Legacy ou S.T.A.L.K.E.R 2 dans les meilleures conditions.

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Les amateurs et amatrices d’horreur auront également de quoi faire avec les remakes de Dead Space, Silent Hill 2 et Resident Evil 4, la suite d’Alan Wake ou le retour de Dead Island, Alone in the Dark ou encore The Forest. L’année prochaine nous donnera également un aperçu du futur quand les premiers jeux développés sous Unreal Engine 5 feront leur apparition. On pense notamment à l’épatant Black Myth: Wukong du studio chinois Game Science, dont les premières séquences de jeu en mettent déjà plein les mirettes. De nombreuses joyeusetés ludiques viendront également égayer l’année du côté des jeux indépendants : on attend impatiemment Hollow Knight Silksong, The Plucky Squire ou encore Cocoon, mais bien d’autres surprises seront évidemment au programme tout au long de l’année.

Le Covid, un lointain souvenir ?

L’industrie du jeu vidéo a globalement plutôt profité de la pandémie de Covid-19 en termes de chiffres d’affaires, mais c’est évidemment toute sa partie événementielle qui en a payé le plus lourd tribut. Les retours de la gamescom en août et du Paris Games Week en novembre laissent entrevoir un retour à la normale, matérialisé par un « vrai » E3 annoncé par l’ESA pour juin 2023. Les éditeurs et constructeurs sont-ils néanmoins toujours disposés à dépenser des dizaines de millions de dollars pour se noyer dans la masse de la grand-messe du jeu vidéo, comme ils le faisaient par le passé ? Réponse au printemps prochain, mais la perspective d’un salon public pourrait inciter les acteurs à investir.

Même ambition côté esport : le public s’est ré-invité dans les grosses compétitions au fil de l’année, et les choses devraient revenir à la normale en 2023. Une bonne nouvelle pour une industrie balbutiante qui a plus que jamais besoin du soutien du public pour exister. La France accueillera d’ailleurs en mai l’un des plus gros tournois de Counter Strike: Global Offensive : le major de Paris, qui a même attiré l’attention du Président de la République, s’annonce comme l’un des événements esport majeurs de l’année. Plus flou, le Cannes Gaming Festival a récemment été annoncé avec l’ambition de répliquer l’ampleur et le prestige du Festival de Cannes. Ce nouvel événement porte à l’international, à la différence des Pégases qui consacrent principalement le fleuron de la création française depuis leur création en 2019. On jugera de sa pertinence et de son rayonnement en octobre, après sa première édition.

Conclusion

2023 : une année pleine mais sans surprise ?

Personne n’ira chercher Nintendo et Sony sur leur segment, comparable sans spécialement se faire concurrence : une console qui se vend et des licences stratégiquement placées sur le calendrier. Personne non plus pour tenter de contrecarrer les plans de Microsoft, qui consolide à grands frais son abonnement Game Pass, qui reste rentable. Le modèle Free to Play s’est quasiment imposé sur mobile. Même Epic Games et Valve semblent observer un certain status quo, après des années d’offensive des créateurs de Fortnite pour grappiller des parts à la plateforme la plus populaire sur PC ; Steam s’est même autorisée un peu d’exotisme avec le Steam Deck, une onéreuse console portable pour jeux PC qui connaît un franc succès. Le planning de l’année prochaine est déjà très solide, sans compter les nombreux jeux indépendants qui viendront garnir les interstices laissées vacantes par les AAA.

En dehors des enjeux Web3/Cloud gaming que l’on évoquait plus haut, qui ne concernent qu’une portion très congrue des joueurs et des joueuses, que pouvons nous décemment attendre comme grand bouleversement pour 2023 ? C’est une nouvelle fois l’argent qui devrait animer l’industrie, entre la puissance de frappe hors norme des géants chinois, l’assise locale des fleurons japonais et les milliards des gestionnaires d’actifs américains. L’avenir du jeu vidéo ne se joue plus dans les garages des créatifs, les laboratoires des ingénieurs ou les caddies de supermarché des consommateurs : la finance fera plus que jamais la pluie et le beau temps l’année prochaine.

Voir aussi : les prédictions du jeu vidéo en 2024.

Pour continuer votre lecture, découvrez les 50 français qui feront l’export en 2023, notre article sur les net et les jeux vidéo ou encore les formations aux métiers du jeu vidéo

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